Benghazi Medical Centre, Libya

En avril 2010, la practice santé d’Eurosearch & Associés contribuait au recrutement de chirurgiens et de médecins, français ou européens.

pour un hôpital universitaire flambant neuf. En mars 2011, ces médecins sont rentrés sains et saufs dans leurs pays. Ils se souviendront longtemps de leur dernier poste. Laissons la parole à Pierre Vincent.

« En septembre 2009, DENOS inaugurait, en présence du Ministre de la Santé de Libye Monsieur Mahmoud EL HIJAZZI et du Ministre Français de la coopération, Monsieur Alain JOYANDET, e Benghazi Medical Centre (BMC), l’hôpital universitaire de la ville de Benghazi, capitale de l’Est de la Libye.

En effet, la France avait participé au lancement de cet hôpital, à travers un don destiné à équiper 300 lits et l’ensemble des services supports (laboratoire, imagerie…). Pour favoriser le transfert de savoir-faire, la Libye a ensuite lancé un appel d’offres pour la gestion administrative, paramédicale et médicale de cet hôpital, appel d’offres gagné par DENOS. L’aventure a donc débuté ce mois de septembre.

Coincé entre des demandes politiques pressantes pour ouvrir l’ensemble des services et les moyens humains, rares, dont l’hôpital disposait, l’ouverture s’est faite au pas de course. En septembre, les consultations externes et l’endoscopie digestive ont ouvert. Le laboratoire et la radiologie étaient opérationnels le même mois. En octobre, les premiers patients hospitalisés en médecine, ont été accueillis. Le bloc a ouvert en décembre et la première opération a eu le 26 décembre. Les 300 lits ont été ouverts à pleine capacité en juillet 2010, soit 8 mois après l’inauguration.

Cet hôpital de référence s’est positionné sur des spécialités non présentes dans l’Est de la Libye comme la chirurgie vasculaire, la neurochirurgie et la transplantation de rein. En effet, 16 mois après son ouverture, le 17 janvier 2011, l’hôpital a réalisé sa première greffe de rein ! La croissance qualitative et technique de cet établissement a été stupéfiante et ceci dans un environnement international qui aurait pu être un frein à la dynamique d’équipe : neuf nationalités travaillent au BMC (libyens, français, anglais, sud africains…) ; les infirmières sont en majorité philippines et indiennes, les chirurgiens français et libyens, le personnel de direction libyen et anglo-saxon. L’anglais était la langue de travail.

Alors que l’hôpital passait de succès en succès et que les projets émergeaient quotidiennement des équipes, la guerre civile a éclaté à Benghazi. En trois jours l’hôpital a basculé d’un rôle d’hôpital de référence à celui d’un hôpital de guerre. Les patients « froids » ont été renvoyés chez eux pour faire place aux blessés de guerre. Un plan d’urgence a été rapidement mis en place. Les équipes ont fait face à un afflux de blessés. Les pratiques ont changé et le rythme de travail aussi – le bloc opératoire fonctionnant nuit et jour.

Le personnel « pro Kadhafi » a vite pris la fuite, l’hôpital basculant aux mains des insurgés dans une ambiance festive. Mais rapidement le personnel, peu préparé, a pris peur. La tension en ville s’est accrue avec l’escalade des combats, les premiers tirs de kalachnikov ont fait place aux lances roquettes. En désespoir de cause, DENOS a dû rapatrier son personnel. Puis, les autres pays ont suivi ; successivement, les philippins puis les indiens ont rapatrié leurs ressortissants. Alors que le nombre d’urgences augmentait, le personnel, lui, diminuait.

Heureusement, le front s’est déplacé de l’est vers l’ouest de la Libye laissant ainsi le BMC avec moins de patients. L’hôpital s’est réorganisé, les étudiants en médecine ont remplacé les infirmières et des médecins et infirmières volontaires sont venus aider l’établissement. Huit jours après avoir évacué, une partie de l’équipe de DENOS est revenue. Ils ont trouvé peu de malades, une nouvelle équipe de direction et un hôpital fonctionnant au ralenti. Seul le service de cancérologie était plein.

Mais, en dix jours, la situation s’est de nouveau dégradée, les troupes du colonel Kadhafi ont progressivement repris le terrain aux insurgés pour se retrouver le 18 mars aux portes de Benghazi. DENOS a dû pour la seconde fois en trois semaines évacuer le reste de son équipe. Le lendemain, la résolution 1973 de l’ONU autorisait le recours à la force contre la Libye et cette fois-ci le pays s’enfonçait dans une guerre qui risque d’être longue. »

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