Décarboniser la gestion forestière

De nombreuses entreprises n’ont pas attendu la conférence de Copenhague pour transformer leur activité.

Un des managers d’E&A actuellement en mission en Afrique nous fait part de la transformation profonde de la filière forestière, observée dans le Bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical du monde.

Depuis la Conférence de Rio au début des années 90, un nouveau régime international des forêts tropicales s’est mis progressivement en place. Les lois forestières nationales ont été modifiées pour intégrer l’aménagement forestier. Des référentiels de bonne gestion forestière se sont développés à l’échelle mondiale pour servir de base aux éco-certifications, comme le FSC (Forest Stewartship Comitee), de plus en plus demandées par les marchés.

De nombreuses entreprises forestières ont engagé, depuis plus de dix ans maintenant, des efforts importants en matière d’aménagement et de certification. Ainsi fin 2009 les plans d’aménagement agréés et mis en oeuvre couvrent 13 sur 46 millions
d’hectares concédés. Près de 4,5 millions d’hectares de forêts sont certifiées FSC avec un objectif à 10 millions en 2012.

A la suite des accords de la conférence de Copenhague, des mécanismes d’incitation à la Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation (REDD) des Nations Unies vont se mettre en place vers les pays en développement.
Ces mécanismes visent à donner une valeur financière pour le carbone stocké dans les forêts. Il est prévu que les flux financiers provenant de REDD pourraient atteindre jusqu’à 30 milliards de dollars par an. Ces flux financiers très importants entre le Nord et le Sud viendront récompenser une réduction significative des émissions de carbone, maintenir des écosystèmes forestiers vitaux et conserver la biodiversité. Pour atteindre ces multiples avantages, REDD impose le respect des droits des peuples autochtones et des communautés dépendantes de la forêt.

Ainsi une entreprise française de renom a obtenu la certification FSC de ses produits qui sont destinés principalement à l’Europe et aux Etats-Unis, marchés sensibles aux enjeux du développement durable. Elle permet de suivre toute la chaîne du bois, de l’amont jusqu’au client final, en passant par toutes les étapes de la valorisation de la forêt, avec l’exploitation forestière, la transformation industrielle, la logistique et la commercialisation. En transformant la matière sur place, elle commercialise des produits à plus forte valeur ajoutée, contreplaqués ou dérivés.

A l’inverse, les entreprises du Bassin du Congo qui ne s’engagent pas dans la refonte de leur filière industrielle ne seront, à terme, plus autorisées à exploiter la forêt. Faute de label reconnue par la plupart des ONG environnementales, elles perdront les débouchés aval de la chaîne industrielle et des consommateurs.

C’est donc une prise de conscience collective dans les marchés aval qui a progressivement induit une gestion plus conforme à l’intérêt général. Les conférences internationales, de Rio à Copenhague, ont stimulé et jalonné ce processus et fourniront peut-être demain un financement à la transformation de cette filière économique.

La gestion forestière est à l’avant-garde d’une tendance lourde et générale. A des degrés divers, beaucoup d’entreprises se sont déjà engagées dans la transformation de leur filière pour s’approprier les enjeux du développement durable. Elles ont pour ambition de conserver la confiance de leurs clients et leurs parts de marché.

Géraud Fontanié

Partner

 

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