La diversité comme nouveau défi

Les dispositions législatives et réglementaires tendent à imposer de plus en plus une parité professionnelle homme femme à la tête des entreprises. Cette politique des quotas, apparemment contraignante, peut être dépassée en abordant le sujet sous l’angle de la diversité.

Fin avril 2013, les premières sanctions pécuniaires tombaient pour deux entreprises qui ne faisaient pas suffisamment d’efforts en matière de parité, selon l’Administration. La presse a pointé l’inégalité des salaires comme étant la cause de leur malheur mais il s’agit là d’un raccourci trompeur.

Le corpus législatif et réglementaire est, en réalité, beaucoup plus large et couvre « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans l’entreprise ». Les amendes qui sanctionnent un manquement de l’entreprise, peuvent s’élever jusqu’à 1% de la base des cotisations sociales. A titre d’exemple, pour une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires de 50 M€ et emploie moins de 300 personnes, elles peuvent atteindre 100 K€.

En 2011, la loi « Copé Zimmermann » a aussi fixé une parité entre hommes et femmes dans les conseils d’administration ou de surveillance pour les entreprises de taille intermédiaire. Faute de quoi, les nominations pourraient être déclarées nulles et le versement des jetons de présence suspendu dès 2014.

Une telle politique de quotas n’est pas une spécificité française et peut être observée dans de nombreux pays.

Appliquée aux entreprises, cette approche réglementaire peut conduire à recruter des dirigeants et des administrateurs pour d’autres raisons que leurs compétences et leur adhésion au projet d’entreprise, avec des effets néfastes faciles à imaginer. Mais cette contrainte peut être dépassée en l’abordant sous un autre angle : la diversité, source d’enrichissement et de performance.

Les différences de genres, de formations, de parcours professionnels apportent une variété d’influences, de sensibilités et de comportements. Leur mixité au sein des organes exécutifs de l’entreprise crée de la valeur ajoutée par la complémentarité des apports de chacun et améliore la qualité des décisions. C’est le cas au siège mondial de Nike dans l’Oregon où l’équipe dirigeante est composée de nationalités issues des 5 continents. De nouvelles formes de leadership avec des cursus moins normés et plus diversifiés (sciences humaines, sociologie, arts…) émergent progressivement.

De même, les conseils d’administration bénéficient largement de cette mixité en termes d’ouverture d’esprit et de questionnement constructif. Venir d’un milieu social différent, être biculturel, connaître d’autres systèmes de valeurs, de management, être un expert dont les travaux font autorité, posséder un parcours atypique, ne peut qu’enrichir les débats et les décisions des conseils.

En ces temps de mondialisation et de compétition toujours plus intense, la diversité peut s’imposer par nécessité commerciale quand les sujets discutés sont en grande majorité internationaux plutôt que français. La diversité devient alors un véritable levier et un atout économique, en favorisant la représentation de différentes cultures ou habitudes de consommation, à travers ses équipes dirigeantes à compétences égales.

Différents travaux anglo-saxons ont montré que la présence de dirigeants et d’administrateurs d’origines nationales ou professionnelles différentes de la norme traditionnelle donne à l’entreprise une meilleure compréhension de la complexité des marchés. Elle favorise l’anticipation et la réactivité à leurs évolutions. Elle apporte plus de connaissance, de créativité et d’innovation au sein de l’entreprise.

Critère de bonne gouvernance, la diversité dans les comités exécutifs et les conseils d’administration est enfin une composante de la responsabilité sociétale de l’entreprise. Promouvoir la diversité au sommet est une décision qui relève de l’éthique, des valeurs que l’entreprise véhicule et de sa conduite en tant qu’entreprise socialement responsable.

La parité homme femme est donc une vision restreinte d’un levier de performance plus puissant, la diversité. L’entreprise bénéficie grandement de la diversité de ses dirigeants pour s’adapter au marché et innover. Son nouveau défi consiste à savoir manager cette différence.

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