Le profil d’un dirigeant de LBO

Beaucoup de dirigeants de grandes entreprises se posent la question, à un moment ou à un autre, de reprendre une PME dans le cadre d’un LBO aux côtés d’investisseurs financiers. Leurs succès professionnels antérieurs les confortent dans leur capacité à relever ce défi. Mais les qualités nécessaires pour réussir sont-elles les mêmes que celles qui ont fait leur succès ?

En voici une illustration : une PME de province, qui réalise un chiffre d’affaires de 50 M€, profitable, bien ancrée dans son territoire avec un personnel qui lui est attaché et fidèle. Son positionnement sur un marché de niche lui ouvre un important potentiel de création de valeur. Les investisseurs sont prêts à financer son déploiement à l’international et sa croissance externe. Mais il faut un porteur de projet, capable de mettre en œuvre le business plan à un rythme soutenu et faire changer l’entreprise de taille et de catégorie.

Le chef d’entreprise cédant part à la retraite. Son dauphin apparaît un peu court, manquant d’envergure pour mener à bien le projet ambitieux. Il ne s’est pas frotté à d’autres entreprises de plus grande taille ; en réalité, il ne connaît que celle-ci. Faire appel à un dirigeant extérieur s’impose aux actionnaires, à contrecœur, car le risque est majeur.

Même s’il est fait appel à un cabinet d’executive search, les critères de sélection du dirigeant investisseur ne changent guère : une compétence sectorielle qui apporte une proximité métier et clients, une expérience de direction de filiale ou de business unit qui le prépare à son mandat social, des résultats avérés en matière de développement rapide et profitable, une personnalité de leader.

Ces critères sont cités par ordre de priorité mais c’est la personnalité qui est déterminante et qui est aussi le critère le plus subjectif. C’est pourquoi, les actionnaires réduisent souvent le risque et se rassurent en imposant comme prérequis les critères les plus factuels de compétence sectorielle et de direction générale.

Quelles sont les qualités de ce leader ?

Un dirigeant qui a réussi dans une grande entreprise peut aisément mettre en avant celles qu’il a développées dans son parcours :

  • Il est orienté résultats et tient ses engagements financiers et opérationnels
  • Il a une vision stratégique de son métier ou de son marché, qui lui permet de guider ses équipes
  • Il a une forte orientation client qu’il sait décliner aux différents niveaux de l’entreprise
  • Il sait conduire le changement pour amener la transformation nécessaire de l’entreprise
  • Il favorise la diversité et la coopération de ses équipes pour développer l’innovation.

Toutes ses qualités ont une grande valeur pour diriger les hommes dans des organisations lourdes et puissantes. Si elles demeurent pertinentes dans l’absolu, elles ne paraissent pas suffisantes pour décrire un chef d’entreprise d’une PME. Car celui-ci est avant tout un entrepreneur :

  • Maître de son destin, il fait preuve d’une forte indépendance d’esprit pour choisir sa voie et d’une exceptionnelle ténacité pour résister aux coups du sort
  • Il a une appétence aux risques, contrôlés sans doute, mais bien au-delà de la prudence
  • Homme de décision et d’intuition, il est plus rassuré par le mouvement que par la planification
  • Passionné, il a soif d’apprendre, d’explorer des domaines nouveaux et d’innover
  • Enthousiaste et constructif, il est un chef de bande exigeant et souvent autoritaire qui existe parce qu’on le suit avec obéissance et fidélité
  • Jongleur ou homme-orchestre, il passe de la réflexion stratégique au détail d’un dossier, d’une vision d’un hélicoptère à celle d’une fourmi.

De telles qualités sont essentielles pour aborder avec des moyens limités un projet ambitieux qui rencontrera inévitablement des obstacles majeurs et imprévisibles. Seul face aux décisions à prendre, le chef d’entreprise sous LBO est isolé. Il peut néanmoins s’appuyer sur son Conseil d’administration. Ses actionnaires ont à cœur de mettre en œuvre une gouvernance efficace pour le contrôler, le challenger mais aussi le soutenir.

Mandataire social, il n’est plus dans une relation hiérarchique avec un supérieur qui a souvent exercé sa fonction. Il rend compte à un Conseil qui réunit des investisseurs venant d’autres horizons et ne souhaitant pas exercer une gestion de fait pour laquelle ils ne sont pas compétents. Il doit trouver le bon niveau de dialogue en matière de reporting sur l’activité mais aussi sur le choix de l’organisation, la validation des orientations stratégiques et des investissements, la gestion des risques, les initiatives prises pour créer de la valeur. Cette relation de gouvernance est souvent nouvelle pour lui et nécessite un apprentissage.

La reprise d’une entreprise sous LBO est un saut dans le vide pour un dirigeant issu d’une grande entreprise. Elle exige non seulement une forte adaptation au changement de taille et de moyens, mais aussi un tempérament d’entrepreneur et l’apprentissage de la gouvernance d’une entreprise indépendante.

Eurosearch & Associés s’attache à identifier les futurs dirigeants qui ont le potentiel pour accomplir cette transformation professionnelle profonde et les accompagne dans les premiers mois de leur prise de fonction.

Géraud Fontanié

Partner

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