Mesurer le capital immatériel de l’entreprise

Le poids de l’immatériel ne cesse de croître dans les entreprises.

 

Pourtant leur bilan financier ne reflète que très partiellement ces actifs intangibles, parmi lesquels se trouve le capital humain. En complément de notre activité d’évaluation d’équipes de direction, il nous a paru intéressant de faire le point sur les pratiques d’évaluation du Capital Immatériel en interrogeant Philippe Egg, associé de Goodwill-management.

Comment définir le Capital Immatériel ?

Les actifs de l’entreprise sont les sources de la création de richesse. De leur qualité va dépendre le potentiel de l’entreprise à générer des profits, donc sa pérennité.

Tous les actifs peuvent être classés en deux familles d’un poids à peu près équivalent : les actifs de demande (Capital Client) et les actifs d’offre (Actifs matériels et financiers d’un côté et de l’autre Capital Humain, Capital Actionnaires, Partenaires, Marques, Savoir et Brevets, Système d’Information, Organisation, Environnement).

Comment le mesurer ?

Cette mesure commence toujours par l’évaluation extra financière de chacun des actifs, étude des forces et faiblesses de chacun au regard de son rôle dans le processus de création de valeur. Ainsi pour l’évaluation extra financière du Capital Humain, sont mesurés le niveau d’efficience, d’efficacité, de pérennité des équipes.

Elle s’appuie sur un référentiel qui doit être partagé. Avec la Scandinavie, l’Italie et le Japon, la France est en avance sur cette réflexion. Le Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, a commandé un référentiel national, appelé Thesaurus Bercy, pour mesurer la valeur extra financière et financière du capital immatériel de l’entreprise. Il a été officiellement remis le 7 octobre 2011 à François Baroin dans le cadre d’un colloque international.

Trois exemples d’utilisation

Une startup dans le secteur des services aux entreprises fait son premier tour de levée de fonds auprès du capital risque. Son chiffre d’affaires est balbutiant. Les fondateurs souhaitent valoriser leur concept, leur savoir et leur brevet. Le commissaire aux apports, nommé par le tribunal de commerce, a besoin de valoriser leur apport en industrie. La mesure du capital immatériel a fourni une méthodologie rigoureuse et partagée du goodwill. Elle a permis aux fondateurs de conserver la majorité du capital.

Un groupe familial diversifié et coté a besoin de rendre compte de la pertinence de sa stratégie autant auprès des analystes financiers que du cercle étendu de ses actionnaires familiaux. La valeur de l’action en Bourse reflète plus l’état de l’offre et de la demande que la valeur patrimoniale. Son Président souhaite apporter un correctif à cette fair value. Il demande à un collège d’experts une mesure annuelle du capital immatériel afin d’évaluer les effets à long terme de la stratégie suivie.

Une PME spécialisée dans les produits du second œuvre du bâtiment est détenue par son management, ses salariés et un fonds d’investissement. Son Président souhaite vérifier que la stratégie appliquée enrichit durablement l’entreprise au delà de l’horizon de sortie de l’investisseur financier. L’évaluation annuelle extra financière lui fournit un outil de pilotage sur le long terme, qui complète le pilotage opérationnel focalisé sur le cash et l’Ebitda.

Quel bénéfice pour l’entreprise ?

La mesure du Capital Immatériel permet donc au chef d’entreprise d’avoir un bilan de tous ses actifs, avec leurs forces et faiblesses. En observant le lien entre ses plans d’actions et la croissance des actifs, il peut ainsi piloter la pérennité de l’entreprise sur le long terme, en complément de l’approche financière. Enfin, il peut valoriser l’entreprise sur la base de la qualité de tous ses actifs, dans le cas de projets de cessions ou de recherche de financement.

Cette approche innovante trouve un relais puissant auprès de l’Ordre des Experts Comptables. Le Conseil supérieur de l’Ordre en partenariat avec le Medef, constatant l’importance croissante des éléments immatériels dans la valorisation des PME et ETI, a diffusé auprès de tous ses adhérents cette méthodologie pour les encourager à piloter et à communiquer sur leurs actifs immatériels (CSOEC, « Les 12 principales valeurs immatérielles et les indicateurs de mesure associés », janvier 2011).

En collaboration avec Philipppe Egg

 

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